Vous vous souvenez que j’ai un génie dans mes toilettes ? Non ? Alors allez lire ici d’abord.
Toujours est-il qu’un soir, après avoir mangé des steaks surgelés de chez Lidl, j’ai dû me ruer dans l’endroit où même le président se retrouve seul (et non, ça n’est pas le club des gens qui aiment sincèrement Sarkozy), pris d’une abominable crampe d’estomac, même si dans ce cas mes intestins étaient plutôt en cause. Après une séance de peinture au pétard, qui est un peu comme la peinture au pistolet, mais avec un autre instrument ; et un rouleau de papier, qui est devenu un rouleau de papier peint sans que je n’exerçasse aucune magie particulière, je me relevais pour constater les dégâts.
Et là, à ma grande surprise, je vis apparaître une fumée bleuâtre. Je dois cependant préciser que je n’étais pas surpris qu’une fumée bleuâtre apparût sortante de l’œil du trône (je vous ai déjà dit d’aller lire mon histoire précédente ?) Mais que cette manifestation se fît suite à une performance qui n’avait rien d’artistique.
« – Ha cher ami, quelle joie, quel plaisir de vous revoir après ce magnifique repas, d’une telle délicatesse ! Me flagorna Monsieur malpropre, mon génie des lieux… d’aisances.
– Vraiment ? Je n’ai pourtant aucune raison de me vanter de cet accouchement. J’irais même jusqu’à dire que cela a été torché.
– Certes, me répondit-il en arquant un sourcil et en se caressant la barbiche, en temps normal l’exécution de cette œuvre aurait pu vous valoir une exécution d’une autre nature… Mais, s’emporta –t-il en écartant les bras et en explosant d’enthousiasme, ce nouvel ingrédient si délicat, si raffiné, que vous avez apporté à votre pièce maîtresse, c’est… C’est.. Je ne trouve pas les mots… Génial !
– Je suis très flatté, répondis-je un peu troublé. Qu’un génie me dise que je suis génial, c’est comme recevoir un oscar pour l’ensemble de son œuvre de la part de la profession, mais de quel ingrédient me parlez-vous donc ?
– Escherichia coli, me dit-il solennel. C’est une bactérie que l’on retrouve assez rarement sous vos latitudes, et qui est pour nous comme la truffe blanche pour vos gastronomes. La souche que vous avez utilisée est d’une telle subtilité, d’un tel raffinement…
– Mais ça n’est pas dangereux, m’inquiétais-je ?
– Ha si, c’est mortel. Et c’est souche dont vous nous avez gratifiée, l’est particulièrement. La mort survient après d’atroces douleurs. Me déclama-t-il, impassible. »
Je restais un moment coi, voyant repasser ma misérable vie devant mes yeux, le bordel que j’avais tenu à Macao, ce braquage de banque que j’avais fait dans ma jeunesse, ces charmantes esclaves que j’avais revendues un bon prix (note à mes lecteurs : hé c’est une histoire hein, c’est de la FICTION). Je tremblais un peu et je m’adressais à mon génie.
« – J’aurais droit au dernier vœu du condamné, comme par exemple… vivre ?
– Ha ! Ha ! Ha ! Eclata-t-il de rire, Ne vous en faites pas. Cela n’arrivera pas, on vous aime bien, vous savez ?
– J’imagine que vous ne laisseriez pas partir la poule aux œufs… de merde, balbutiais-je
– Ha ! S’emporta-t-il, ne parlez pas d’œufs. Vous savez bien que nous génies, nous détestons cela. Néanmoins, se calma-t-il, votre vœu est exaucé. Vous allez vivre. Mieux que cela, vous resterez toujours en excellente santé. »
Le soupir que je poussai alors aurait propulsé un trois mats à 15 mètres. Il reprit.
« – Et puisque nous vous aurions maintenu en bonne santé de toute façon, et que nous n’aimons pas le gaspillage de vœux, nous vous en accordons un autre, pour ce si délicieux repas
– Oh, merci ! M’exclamai-je, rempli de gratitude »
Et là je réfléchis. L’idée de lui demander de ne pas exaucer mon vœu me traversa la tête, ce qui l’aurait mis dans une position fâcheuse car normalement impossible à exaucer justement, mais je chassai bien vite cette idée de ma tête. Il venait juste de me dire qu’ils n’aimaient pas le gaspillage de vœux.
« Très bien. Je voudrais vivre avec la plus belle, la plus intelligente, la plus drôle, la plus gentille, la plus riche (tant qu’à faire), la plus aimante de toutes les femmes »
Mon génie hocha doucement de la tête, ce qui me remplit d’inquiétude, car ces génies sont évidemment aussi des génies de l’interprétation.
« – Et pas de coup tordu de génie, du genre qu’elle soit morte, paraplégique ou une vielle actrice de 80 ans à la peau toute ridée, du genre Brigitte Bardot
– Vous avez souhaité qu’elle fût la plus intelligente de toutes les femmes, me rappela-t-il, non, rien de tout cela. Vous aurez une très jolie jeune femme, douce, belle, qui jouera merveilleusement de toutes sortes d’instruments de musique et à la voix douce et mélodieuse pour ne rien gâcher. Sérieusement, à côté d’elle , Shéhérazade aura l’air d’une candidate de télé-réalité. Et de plus, elle sera éperdument amoureuse de vous.
– Je vais être aimé de la plus belle, la plus intelligente, la plus douce, etcetera de toutes les femmes, et elle sera follement amoureuse de moi ? Vous pouvez faire ça ?
– Oui, nous le pouvons, se bomba-t-il le torse, mais ça n’a été possible qu’à une seule condition.
– Ha oui ? Laquelle ? le demandais-je un peu surpris ?
– Vous avez demandé à vivre avec la plus belle, la plus intelligente, la plus drôle, la plus gentille, la plus riche, la plus aimante de toutes les femmes, me sourit-il. Ce qui en soi était déjà un défi extraordinaire, mais heureusement vous n’avez jamais demandé qu’elle fût en pleine possession de ses capacités mentales. Félicitations pour votre promotion, cher docteur en psychiatrie addtc. Elle vous aimera en effet selon vos propres termes… Follement »